
























































Après les langoureux états de corps de Torpeur, inséré dans un triptyque depièces courtes en 2023, Angelin Preljocaj revient à Montpellier Danse avec unecréation d’ampleur. Avec délicatesse, Requiem(s) sonde les émotions complexeset intimes liées à la perte d’un être cher – moment de déchirement qui peutaussi être un rite de vie, une célébration des moments partagés. Encollaboration avec une vingtaine d’interprètes du Ballet Preljocaj, basé à Aix-enProvence, le chorégraphe – marqué par le décès de plusieurs proches – a choisid’inventer une œuvre « tribale », dans laquelle le groupe fait corps face à l’idéede disparition.Si le requiem est une forme musicale dans laquelle d’innombrablescompositeurs, de Haydn à Fauré et Ligeti, se sont illustrés, il est avant tout unemesse célébrée à l’occasion de funérailles. C’est bien de ce point de vue que lechorégraphe, d’une musicalité minutieuse, aborde le requiem. Une processiondes corps, un requiem chorégraphique, où les œuvres musicales devraientapparaître dans un alliage contrasté, en laissant la part belle à des créationssonores aux atmosphères contemporaines qu’il affectionne. Il affine ainsi uneécriture chorégraphique propre à évoquer le deuil et la fin – sentiment quitraverse singulièrement notre époque, de la pandémie à la crise climatique.Là où nombre de ses pièces majeures mobilisent déjà de grandes distributionsdans des tableaux ciselés, Requiem(s) fait le lien entre la force collective d’unballet et l’émotion la plus intime. Une œuvre de maturité de l’un des grandsartistes de sa génération, capable de naviguer de l’abstraction à la narrationpour tous les publics, avec simplicité.
Laura Cappelle